La Cafetière

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LA CAFETIÈRE

J’ai vu de sombres voiles
Onze étoiles,
La lune, aussi le soleil,
Me faisaient la révérence,
Tout le long de mon sommeil.

La Vision de Joseph

LA CAFFETTIERA, GAUTIER

Ho visto sotto cupi veli
undici stelle
la luna e anche il sole
che mi facevano la riverenza in silenzio
finché è durato il sonno

La visione di Giuseppe


I
L’année dernière, je fus invité, ainsi que deux de mes camarades d’atelier, Arrigo Cohic et Pedrino Borgnioli, à passer quelques jours dans une terre au fond de la Normandie. Le temps, qui, à notre départ, promettait d’être superbe, s’avisa de changer tout à coup, et il tomba tant de pluie, que les chemins creux où nous marchions étaient comme le lit d’un torrent. Nous enfoncions dans la bourbe jusqu’aux genoux, une couche épaisse de terre grasse s’était attachée aux semelles de nos bottes, et par sa pesanteur ralentissait tellement nos pas que nous n’arrivâmes au lieu de notre destination qu’une heure après le coucher du soleil.
Nous étions harassés ; aussi, notre hôte, voyant les efforts que nous faisions pour comprimer nos bâillements et tenir les yeux ouverts, aussitôt que nous eûmes soupé, nous fit conduire chacun dans notre chambre.
I
L'anno scorso, insieme a due compagni con i quali condividevo lo studio, Arrigo Cohic e Pedrino Borgnioli, fui invitato a passare qualche giorno in una proprietà nel cuore della Normandia.
Il tempo, che al momento della partenza prometteva di essere splendido, all'improvviso pensò bene di cambiare, e piovve talmente che i sentieri infossati dove camminavamo erano come il letto di un torrente.
Sprofondavamo nella melma fino al ginocchio,

uno spesso strato di terra grassa si era attaccato alla suola dei nostri stivali, e il suo peso rallentava a tal punto i nostri passi che arrivammo a destinazione un'ora dopo il tramonto.
Eravamo esausti, tanto che il nostro ospite nel vedere gli sforzi che facevamo per soffocare gli sbadigli e tenere gli occhi aperti, appena cenato ci fece accomodare nelle nostre camere.


La mienne était vaste ; je sentis, en y entrant, comme un frisson de fièvre, car il me sembla que j’entrais dans un monde nouveau. En effet, l’on aurait pu se croire au temps de la Régence, à voir les dessus de porte de Boucher représentant les Quatre Saisons, les meubles surchargés d’ornements de rocaille du plus mauvais goût ; et les trumeaux des glaces sculptés lourdement. Rien n’était dérangé. La toilette couverte de boîtes à peignes, de houppes à poudrer, paraissait avoir servi la veille. Deux ou trois robes de couleurs changeantes, un éventail semé de paillettes d’argent, jonchaient le parquet bien ciré et, à mon grand étonnement, une tabatière d’écaille ouverte sur la cheminée était pleine de tabac encore frais.
Quando entrai nella mia, che era molto grande, sentii come un brivido di febbre, perchè mi parve di penetrare in un mondo nuovo. Effettivamente pareva quasi di essere tornati ai tempi della Reggenza, a giudicare dalle sovrapporte di Boucher raffiguranti le quattro stagioni, i mobili sovraccarichi di decorazioni rococò di pessimo gusto e le specchiere pesantemente scolpite.
Nulla era stato toccato. La toeletta, su cui erano posati portapettini e piumini per la cipria, sembrava che fosse servita il giorno prima. Due o tre abiti di colori cangianti e un ventaglio punteggiato di lustrini d'argento erano disseminati sul lucido parquet, e con mio grande stupore sul caminetto c'era una tabacchiera di tartaruga, aperta, piena di tabacco ancora fresco.

Je ne remarquai ces choses qu’après que le domestique, déposant son bougeoir sur la table de nuit, m’eut souhaité un bon sommeil, et, je l’avoue, je commençai à trembler comme la feuille. Je me déshabillai promptement, je me couchai, et, pour en finir avec ces sottes frayeurs, je fermai bientôt les yeux en me tournant du côté de la muraille. Mais il me fut impossible de rester dans cette position : le lit s’agitait sous moi comme une vague, mes paupières se retiraient violemment en arrière. Force me fut de me retourner et de voir. Le feu qui flambait jetait des reflets rougeâtres dans l’appartement, de sorte qu’on pouvait sans peine distinguer les personnages de la tapisserie et les figures des portraits enfumés pendus à la muraille. C’étaient les aïeux de notre hôte, des chevaliers bardés de fer, des conseillers en perruque, et de belles dames au visage fardé et aux cheveux poudrés à blanc, tenant une rose à la main.
Notai queste cose solo dopo che il domestico ebbe posato il candeliere sul comodino e augurato la buona notte. Confesso che cominciai a tremare come una foglia. Mi spogliai rapidamente, m'infilai a letto e per farla finita con quegli sciocchi terrori, chiusi subito gli occhi voltandomi verso il muro.
Ma non mi fu possibile restare in quella posizione: il letto si agitava sotto di me come un'onda, le palpebre mi si riaprivano irresistibilmente. Fui costretto a girarmi e a guardare.
Il fuoco del caminetto proiettava nella stanza riflessi rossastri, tanto che si potevano distinguere facilmente i personaggi degli arazzi e i volti dei ritratti appesi alle pareti e anneriti dal fumo.
Erano gli antenati del nostro ospite, cavalieri bardati di ferro, consiglieri imparruccati e belle dame dal viso imbellettato e i capelli incipriati, che tenevano una rosa in mano.

Tout à coup le feu prit un étrange degré d’activité ; une lueur blafarde illumina la chambre, et je vis clairement que ce que j’avais pris pour de vaines peintures était la réalité ; car les prunelles de ces êtres encadrés remuaient, scintillaient d’une façon singulière ; leurs lèvres s’ouvraient et se fermaient comme des lèvres de gens qui parlent, mais je n’entendais rien que le tic-tac de la pendule et le sifflement de la bise d’automne. Une terreur insurmontable s’empara de moi, mes cheveux se hérissèrent sur mon front, mes dents s’entre-choquèrent à se briser, une sueur froide inonda tout mon corps. La pendule sonna onze heures. Le vibrement du dernier coup retentit longtemps, et, lorsqu’il fut éteint tout à fait...
All'improvviso le fiamme si misero a divampare con strana violenza; un livido bagliore illuminò la camera e io vidi distintamente che quelli che avevo scambiato per meri dipinti erano personaggi reali: le loro pupille si muovevano scintillando in modo singolare, le loro labbra si aprivano e si chiudevano come se stessero parlando, anche se io sentivo solo il tic tac della pendola e il sibilare del vento autunnale.
Un invincibile terrore s'impadronì di me: i capelli mi si drizzarono in testa, i denti mi sbatterono violentemente, un sudore freddo m'inondò da capo a piedi.
La pendola batté le undici. La vibrazione dell'ultimo rintocco echeggiò a lungo, e quando si fu spenta del tutto...

Oh ! non, je n’ose pas dire ce qui arriva, personne ne me croirait, et l’on me prendrait pour un fou. Les bougies s’allumèrent toutes seules ; le soufflet, sans qu’aucun être visible lui imprimât le mouvement, se prit à souffler le feu, en râlant comme un vieillard asthmatique, pendant que les pincettes fourgonnaient dans les tisons et que la pelle relevait les cendres. Ensuite une cafetière se jeta en bas d’une table où elle était posée, et se dirigea, clopin-clopant, vers le foyer, où elle se plaça entre les tisons. Quelques instants après, les fauteuils commencèrent à s’ébranler, et, agitant leurs pieds tortillés d’une manière surprenante, vinrent se ranger autour de la cheminée.
Oh, no! Non oso dire quello che accadde. Oltre a non essere creduto, verrei preso per un pazzo.
Le candele si accesero da sole; il mantice, senza essere azionato da nessun essere visibile, si mise a soffiare sul fuoco ansimando come un vecchio asmatico, mentre le molle attizzavano le braci e la paletta raccoglieva la cenere.
Dopo di che una caffettiera si buttò giù dal tavolo su cui era posata e si diresse zoppicando verso il fuoco dove andò a piazzarsi tra i tizzoni.
Qualche attimo dopo cominciarono a muoversi le poltrone che agitando in maniera stupefacente le gambe a torciglioni andarono a sistemarsi intorno al caminetto.

II
Je ne savais que penser de ce que je voyais ; mais ce qui me restait à voir était encore bien plus extraordinaire. Un des portraits, le plus ancien de tous, celui d’un gros joufflu à barbe grise, ressemblant, à s’y méprendre, à l’idée que je me suis faite du vieux sir John Falstaff, sortit, en grimaçant, la tête de son cadre, et, après de grands efforts, ayant fait passer ses épaules et son ventre rebondi entre les ais étroits de la bordure, sauta lourdement par terre. Il n’eut pas plutôt pris haleine, qu’il tira de la poche de son pourpoint une clef d’une petitesse remarquable ; il souffla dedans pour s’assurer si la forure était bien nette, et il l’appliqua à tous les cadres les uns après les autres.
II
Non sapevo che cosa pensare di quello che stavo vedendo, ma quello che vidi dopo fu ancor più straordinario.
Uno dei ritratti, il più antico di tutti, quello di un grosso personaggio paffuto dalla barba grigia, che assomigliava come una goccia d'acqua a quello che per me è sempre stato il vecchio John Falstaff, con grandi smorfie tirò fuori la testa dalla cornice e dopo molti sforzi per far passare anche le spalle e il ventre tondeggiante, cadde pesantemente a terra.
Appena ripreso fiato, tirò fuori dalla tasca del farsetto una chiave incredibilmente piccola, vi soffiò dentro per assicurarsi che il foro fosse ben pulito e l'applicò successivamente a tutte le cornici.

Et tous les cadres s’élargirent de façon à laisser passer aisément les figures qu’ils renfermaient. Petits abbés poupins, douairières sèches et jaunes, magistrats à l’air grave ensevelis dans de grandes robes noires, petits-maîtres en bas de soie, en culotte de prunelle, la pointe de l’épée en haut, tous ces personnages présentaient un spectacle si bizarre, que, malgré ma frayeur, je ne pus m’empêcher de rire. Ces dignes personnages s’assirent ; la cafetière sauta légèrement sur la table. Ils prirent le café dans des tasses du Japon blanches et bleues, qui accoururent spontanément de dessus un secrétaire, chacune d’elles munie d’un morceau de sucre et d’une petite cuiller d’argent. Quand le café fut pris, tasses, cafetières et cuillers disparurent à la fois, et la conversation commença, certes la plus curieuse que j’aie jamais ouïe, car aucun de ces étranges causeurs ne regardait l’autre en parlant : ils avaient tous les yeux fixés sur la pendule.
E tutte le cornici si allargarono in modo da lasciar passare facilmente le figure che racchiudevano.
Piccoli abati paffuti, vecchie dame pallide e segaligne, magistrati dall'aria severa avvolti in grandi toghe nere, damerini con lucide calze, brache di lana e seta, la punta della spada verso l'alto: lo spettacolo di tutti quei personaggi era così bizzarro che nonostante lo spavento non potei fare a meno di ridere.
I rispettabili signori si sedettero e la caffettiera saltò con leggerezza sul tavolo. Presero il caffè in tazzine giapponesi bianche e blu che accorsero spontaneamente da un secrétaire, munite di una zolletta di zucchero e di un cucchiaino d'argento.
Finito il caffè, tazzine, caffettiera e cucchiaini scomparvero contemporaneamente ed ebbe inizio la conversazione, certamente la più curiosa che abbia mai udito, giacché nel parlare nessuno di questi strani conversatori guardava l'altro: tutti gli occhi erano fissi sulla pendola.

Je ne pouvais moi-même en détourner mes regards et m’empêcher de suivre l’aiguille, qui marchait vers minuit à pas imperceptibles. Enfin, minuit sonna ; une voix, dont le timbre était exactement celui de la pendule, se fit entendre et dit : « Voici l’heure, il faut danser. »
Toute l’assemblée se leva. Les fauteuils se reculèrent de leur propre mouvement ; alors, chaque cavalier prit la main d’une dame, et la même voix dit : « Allons, messieurs de l’orchestre, commencez ! »
Nemmeno io riuscivo a distoglierne lo sguardo e a non seguire la lancetta che impercettibilmente avanzava verso mezzanotte.
Finalmente scoccò la mezzanotte e si sentì una voce dal timbro identico a quello della pendola, che disse:
«È ora, bisogna ballare».
Tutti i presenti si alzarono. Le poltrone arretrarono spontaneamente e a quel punto ogni cavaliere prese la mano di una dama, mentre la stessa voce diceva:
«Orsù, signori dell'orchestra, iniziate!».

J’ai oublié de dire que le sujet de la tapisserie était un concerto italien d’un côté, et de l’autre une chasse au cerf où plusieurs valets donnaient du cor, des piqueurs et les musiciens, qui, jusque-là, n’avaient fait aucun geste, inclinèrent la tête en signe d’adhésion. Le maestro leva sa baguette, et une harmonie vive et dansante s’élança des deux bouts de la salle. On dansa d’abord le menuet. Mais les notes rapides de la partition exécutée par les musiciens s’accordaient mal avec ces graves révérences : aussi chaque couple de danseurs, au bout de quelques minutes se mit à pirouetter comme une toupie d’Allemagne. Les robes de soie des femmes, froissées dans ce tourbillon dansant, rendaient des sons d’une nature particulière ; on aurait dit le bruit d’ailes d’un vol de pigeons.
Ho dimenticato di dire che l'arazzo rappresentava da un lato un concerto italiano e dall'altro una caccia al cervo con diversi valletti che suonavano il corno. Bracchieri e musicisti che fino a quel momento non avevano fatto alcun gesto, chinarono il capo in segno di assenso.
Il maestro alzò la bacchetta e ai due lati della sala si levò una melodia vivace e ballabile. Dapprima si danzò il minuetto, ma le rapide note della partitura eseguita dai musicisti mal si accordavano con le profonde riverenze, tanto che, dopo pochi minuti, ogni coppia di ballerini si mise a piroettare come una trottola tedesca. Gli abiti di seta delle donne, fruscianti nel vortice della danza, facevano un rumore particolare che evocava uno stormo di piccioni in volo.

Le vent qui s’engouffrait par-dessous les gonflait prodigieusement de sorte qu’elles avaient l’air de cloches en branle. L’archet des virtuoses passait si rapidement sur les cordes, qu’il en jaillissait des étincelles électriques. Les doigts des flûteurs se haussaient et se baissaient comme s’ils eussent été de vif-argent ; les joues des piqueurs étaient enflées comme des ballons, et tout cela formait un déluge de notes et de trilles si pressés et de gammes ascendantes et descendantes si entortillées, si inconcevables, que les démons eux-mêmes n’auraient pu deux minutes suivre une pareille mesure.
L'aria che vi s'ingolfava li gonfiava in maniera tale da farli sembrare campane oscillanti.
L'archetto dei virtuosi passava così rapidamente sulle corde da farne sprizzare scintille elettriche. Le dita dei flautisti si alzavano e si abbassavano quasi fossero state d'argento vivo; le guance dei bracchieri erano gonfie come palloni, con conseguente diluvio di note e di trilli così accelerati e di gamme ascendenti e discendenti così ingarbugliate, così inconcepibili, che neanche i diavoli avrebbero potuto seguire per due minuti un simile ritmo.

Aussi, c’était pitié de voir tous les efforts de ces danseurs pour rattraper la cadence. Ils sautaient, cabriolaient, faisaient des ronds de jambe, des jetés battus et des entrechats de trois pieds de haut, tant que la sueur, leur coulant du front sur les yeux, leur emportait les mouches et le fard. Mais ils avaient beau faire, l’orchestre les devançait toujours de trois ou quatre notes. La pendule sonna une heure ; ils s’arrêtèrent. Je vis quelque chose qui m’avait échappé : une femme qui ne dansait pas.
Era quindi penoso vedere tutti gli sforzi di quei ballerini per tener dietro alla cadenza: saltavano, facevano capriole, ronds, jetés e entrechats alti tre piedi, sicché il sudore, calando dalla fronte sugli occhi portava via finti nei e belletto. Ma per quanto facessero, l'orchestra era sempre in anticipo di tre o quattro note.
Quando la pendola suonò l'una, si fermarono, e a quel punto notai un particolare che mi era sfuggito: c'era una donna che non ballava.

Elle était assise dans une bergère au coin de la cheminée, et ne paraissait pas le moins du monde prendre part à ce qui se passait autour d’elle.
Jamais, même en rêve, rien d’aussi parfait ne s’était présenté à mes yeux ; une peau d’une blancheur éblouissante, des cheveux d’un blond cendré, de longs cils et des prunelles bleues, si claires et si transparentes, que je voyais son âme à travers aussi distinctement qu’un caillou au fond d’un ruisseau.
Era seduta in una poltrona accanto al caminetto e sembrava del tutto estranea a ciò che le stava accadendo intorno.
Mai, neanche in sogno, i miei occhi avevano visto qualcosa di così perfetto: una pelle di un candore abbagliante, capelli biondo cenere, lunghe ciglia e pupille azzurre così chiare e trasparenti che attraverso di esse vedevo distintamente la sua anima come un sasso sul fondo di un ruscello.

Et je sentis que, si jamais il m’arrivait d’aimer quelqu’un, ce serait elle. Je me précipitai hors du lit, d’où jusque-là je n’avais pu bouger, et je me dirigeai vers elle, conduit par quelque chose qui agissait en moi sans que je pusse m’en rendre compte ; et je me trouvai à ses genoux, une de ses mains dans les miennes, causant avec elle comme si je l’eusse connue depuis vingt ans. Mais, par un prodige bien étrange, tout en lui parlant, je marquais d’une oscillation de tête la musique qui n’avait pas cessé de jouer ; et, quoique je fusse au comble du bonheur d’entretenir une aussi belle personne, les pieds me brûlaient de danser avec elle. Cependant je n’osais lui en faire la proposition. Il paraît qu’elle comprit ce que je voulais, car, levant vers le cadran de l’horloge la main que je ne tenais pas :
E sentii che se mai mi fosse capitato di amare, non avrei potuto amare che lei. Mi precipitai giù dal letto, dal quale fino a quel momento non ero riuscito a muovermi, e mi diressi verso di lei, spinto da qualcosa che agiva in me senza che fossi in grado di rendermene conto. Mi ritrovai ai suoi ginocchi, una sua mano tra le mie, a conversare con lei come se l'avessi conosciuta da vent'anni.
Ma per un prodigio davvero strano, mentre le parlavo la mia testa oscillava accompagnando la musica che aveva seguitato a suonare, e benché fossi felicissimo di poterni intrattenere con una persona così bella, i miei piedi ardevano dalla voglia di ballare con lei, senza che trovassi il coraggio di proporglielo. Probabilmente lei capì quel che volevo, poiché sollevando verso il quadrante dell'orologio la mano che non tenevo tra le mie, mi disse:

« Quand l’aiguille sera là, nous verrons, mon cher Théodore. » Je ne sais comment cela se fit, je ne fus nullement surpris de m’entendre ainsi appelé par mon nom, et nous continuâmes à causer. Enfin, l’heure indiquée sonna, la voix au timbre d’argent vibra encore dans la chambre et dit : « Angéla, vous pouvez danser avec monsieur, si cela vous fait plaisir, mais vous savez ce qui en résultera. » « N’importe », répondit Angéla d’un ton boudeur.
«Quando la lancetta sarà su quel punto, vedremo mio caro Théodore».
Non so come fu, ma non restai affatto sorpreso nel sentirmi chiamare per nome e seguitammo a chiacchierare. Finalmente suonò l'ora indicata e nella camera vibrò ancora la voce dal timbro d'argento:
«Angela, può danzare con il signore se le fa piacere, ma lei sa che cosa accadrà».
«Non importa», rispose Angela con tono imbronciato, circondandomi con il suo braccio eburneo.

Et elle passa son bras d’ivoire autour de mon cou. « Prestissimo ! », cria la voix. Et nous commençâmes à valser. Le sein de la jeune fille touchait ma poitrine, sa joue veloutée effleurait la mienne, et son haleine suave flottait sur ma bouche.
«Prestissimo!», gridò la voce.
Cominciammo allora a ballare il valzer. Il seno della fanciulla toccava il mio petto, la sua guancia vellutata sfiorava la mia e la mia bocca respirava il suo alito soave.

Jamais de la vie je n’avais éprouvé une pareille émotion ; mes nerfs tressaillaient comme des ressorts d’acier, mon sang coulait dans mes artères en torrent de lave, et j’entendais battre mon cœur comme une montre accrochée à mes oreilles. Pourtant cet état n’avait rien de pénible. J’étais inondé d’une joie ineffable et j’aurais toujours voulu demeurer ainsi, et, chose remarquable, quoique l’orchestre eût triplé de vitesse, nous n’avions besoin de faire aucun effort pour le suivre. Les assistants, émerveillés de notre agilité, criaient bravo, et frappaient de toutes leurs forces dans leurs mains, qui ne rendaient aucun son.
In vita mia non avevo mai provato una simile emozione: i nervi mi vibravano come molle d'acciaio, il sangue mi scorreva nelle arterie come un torrente di lava e mi sentivo battere il cuore come un orologio quando lo si accosta all'orecchio.Tuttavia il mio non era affatto uno stato doloroso. M'inondava una gioia indicibile e sarei voluto rimanere sempre così. La cosa straordinaria era che non dovevamo fare nessuno sforzo per seguire l'orchestra, sebbene avesse triplicato il ritmo. I presenti, stupiti dalla nostra agilità, gridavano «bravi» e applaudivano con tutte le forze, ma le loro mani non emettevano alcun suono.

Angéla, qui jusqu’alors avait valsé avec une énergie et une justesse surprenantes, parut tout à coup se fatiguer ; elle pesait sur mon épaule comme si les jambes lui eussent manqué ; ses petits pieds, qui, une minute auparavant, effleuraient le plancher, ne s’en détachaient que lentement, comme s’ils eussent été chargés d’une masse de plomb. « Angéla, vous êtes lasse, lui dis-je », reposons-nous. « Je le veux bien », répondit-elle en s’essuyant le front avec son mouchoir. Mais, pendant que nous valsions, ils se sont tous assis ; il n’y a plus qu’un fauteuil, et nous sommes deux. « Qu’est-ce que cela fait, mon bel ange ? Je vous prendrai sur mes genoux. »
Angela, che fino a quel momento aveva ballato con un'energia e una precisione sorprendenti, di colpo parve stanca; mi pesava sulla spalla come se le gambe le avessero ceduto; i suoi piedini, che un minuto prima sfioravano il pavimento, ora se ne staccavano a fatica quasi fossero trattenuti da una palla di piombo. «Angela, lei è stanca», le dissi, «riposiamoci». «Volentieri», rispose detergendosi la fronte con un fazzoletto. «Ma mentre noi ballavamo, tutti gli altri si sono seduti: non c'è più che una poltrona e noi siamo in due». «Che importa, mio bell'angelo? La prenderò sulle ginocchia».


III
Sans faire la moindre objection, Angéla s’assit, m’entourant de ses bras comme d’une écharpe blanche, cachant sa tête dans mon sein pour se réchauffer un peu, car elle était devenue froide comme un marbre. Je ne sais pas combien de temps nous restâmes dans cette position, car tous mes sens étaient absorbés dans la contemplation de cette mystérieuse et fantastique créature. Je n’avais plus aucune idée de l’heure ni du lieu ; le monde réel n’existait plus pour moi, et tous les liens qui m’y attachent étaient rompus ; mon âme, dégagée de sa prison de boue, nageait dans le vague et l’infini ; je comprenais ce que nul homme ne peut comprendre, les pensées d’Angéla se révélant à moi sans qu’elle eût besoin de parler ; car son âme brillait dans son corps comme une lampe d’albâtre, et les rayons partis de sa poitrine perçaient la mienne de part en part.
III
Senza fare la minima obiezione, Angela si sedette circondandomi con le braccia come fossero una bianca sciarpa, annidando la testa nel mio petto per riscaldarsi un poco, giacché era diventata fredda come il marmo. Non so per quanto tempo restammo in quella posizione, poiché la contemplazione di quella misteriosa e fantastica creatura assorbiva tutti i miei sensi.
Avevo perso la nozione dell'ora e del luogo: il mondo reale per me non esisteva più ed ogni mio legame con esso si era spezzato. La mia anima, liberata dalla sua prigione di fango, si librava nel vago e nell'infinito; capivo ciò che nessun uomo può capire, giacché i pensieri di Angela mi si rivelavano senza che lei avesse bisogno di parlare. L'anima le risplendeva infatti nel corpo come una lampada di alabastro, e i raggi emanati dal suo petto trafiggevano il mio da parte a parte.

L’alouette chanta, une lueur pâle se joua sur les rideaux. Aussitôt qu’Angéla l’aperçut, elle se leva précipitamment, me fit un geste d’adieu, et, après quelques pas, poussa un cri et tomba de sa hauteur. Saisi d’effroi, je m’élançai pour la relever… Mon sang se fige rien que d’y penser : je ne trouvai rien que la cafetière brisée en mille morceaux. À cette vue, persuadé que j’avais été le jouet de quelque illusion diabolique, une telle frayeur s’empara de moi, que je m’évanouis.
L'allodola cantò e un pallido chiarore folleggiò sulle tende.
Appena Angela lo scorse si alzò precipitosamente, mi fece un cenno d'addio e dopo qualche passo cadde lunga distesa emettendo un grido. In preda allo spavento mi precipitai per rialzarla... Solo a pensarci mi si agghiaccia il sangue: tutto quel che trovai fu la caffettiera ridotta in mille pezzi.
A quella vista, convinto di essere stato vittima di una qualche diabolica illusione, fui colto da un tale terrore che svenni.


IV
Lorsque je repris connaissance, j’étais dans mon lit ; Arrigo Cohic et Pedrino Borgnioli se tenaient debout à mon chevet. Aussitôt que j’eus ouvert les yeux, Arrigo s’écria : « Ah ! ce n’est pas dommage ! voilà bientôt une heure que je te frotte les tempes d’eau de Cologne. » Que diable as-tu fait cette nuit ? Ce matin, voyant que tu ne descendais pas, je suis entré dans ta chambre, et je t’ai trouvé tout du long étendu par terre, en habit à la française, serrant dans tes bras un morceau de porcelaine brisée, comme si c’eût été une jeune et jolie fille. « Pardieu ! c’est l’habit de noce de mon grand-père », dit l’autre en soulevant une des basques de soie fond rose à ramages verts.
IV
Quando ripresi conoscenza ero nel mio letto e accanto a me c'erano Arrigo Cohic e Pedrino Borgnioli.
Appena ebbi aperto gli occhi, Arrigo esclamò: «Era tempo! È quasi un'ora che ti sto sfregando le tempie con l'acqua di Colonia. Che diavolo hai fatto stanotte? Stamani, vedendo che non scendevi, sono entrato in camera tua e ti ho trovato lungo disteso per terra in abito di gala, che stringevi tra le braccia un pezzo di porcellana rotta come se fosse stata una bella fanciulla».
«Perdio! È l'abito di nozze di mio nonno», disse l'altro sollevando una delle falde di seta rosa arabescata di verde.

Voilà les boutons de strass et de filigrane qu’il nous vantait tant. Théodore l’aura trouvé dans quelque coin et l’aura mis pour s’amuser. Mais à propos de quoi t’es-tu trouvé mal ? ajouta Borgnioli. Cela est bon pour une petite-maîtresse qui a des épaules blanches ; on la délace, on lui ôte ses colliers, son écharpe, et c’est une belle occasion de faire des minauderies. « Ce n’est qu’une faiblesse qui m’a pris ; je suis sujet à cela » répondis-je sèchement. Je me levai, je me dépouillai de mon ridicule accoutrement. Et puis l’on déjeuna. Mes trois camarades mangèrent beaucoup et burent encore plus ; moi, je ne mangeais presque pas, le souvenir de ce qui s’était passé me causait d’étranges distractions.
«Ecco i bottoni di strass e di filigrana che ci vantava tanto. Théodore l'avrà scovato da qualche parte e se lo sarà messo per divertirsi. Ma perché poi ti sei sentito male?», soggiunse Borgnioli. «È una cosa prevedibile in un'amichetta dalle spalle bianche: le si slaccia il corsetto, le si tolgono le collane, la sciarpa, ed ecco una bella occasione per fare un po' di scena».
«È stato solo un mancamento, a volte mi capita», risposi asciutto.
Mi alzai e mi tolsi il ridicolo abbigliamento. Poi andammo a pranzo.
I miei compagni mangiarono molto e bevvero anche di più. Io invece non toccai quasi cibo, distratto dal ricordo delle strane cose che erano accadute.

Le déjeuner fini, comme il pleuvait à verse, il n’y eut pas moyen de sortir ; chacun s’occupa comme il put. Borgnioli tambourina des marches guerrières sur les vitres ; Arrigo et l’hôte firent une partie de dames ; moi, je tirai de mon album un carré de vélin, et je me mis à dessiner. Les linéaments presque imperceptibles tracés par mon crayon, sans que j’y eusse songé le moins du monde, se trouvèrent représenter avec la plus merveilleuse exactitude la cafetière qui avait joué un rôle si important dans les scènes de la nuit. « C’est étonnant comme cette tête ressemble à ma sœur Angéla », dit l’hôte, qui, ayant terminé sa partie, me regardait travailler par-dessus mon épaule.
Finito il pranzo, visto che pioveva a dirotto non potemmo uscire e ciascuno si occupò come poté. Borgnioli tamburellò marce guerriere sui vetri; Arrigo e l'ospite fecero una partita a dama, mentre io tirai fuori dal mio album un foglio di carta velina e mi misi a disegnare.
Le linee quasi impercettibili tracciate senza intenzione dalla mia matita finirono col rappresentare in modo mirabilmente preciso la caffettiera che aveva avuto una parte così importante nelle scene della notte.
«È incredibile come questa testa assomigli a mia sorella Angela», disse l'ospite che dopo aver terminato la partita si era messo alle mie spalle e mi guardava disegnare.
In effetti, quella che poco prima mi era sembrata una caffettiera era in realtà il profilo dolce e malinconico di Angela.

En effet, ce qui m’avait semblé tout à l’heure une cafetière était bien réellement le profil doux et mélancolique d’Angéla. « De par tous les saints du paradis ! est-elle morte ou vivante ? », m’écriai-je d’un ton de voix tremblante comme si ma vie eût dépendu de sa réponse. « Elle est morte, il y a deux ans, d’une fluxion de poitrine à la suite d’un bal. » « Hélas ! » répondis-je douloureusement. Et, retenant une larme qui était près de tomber, je replaçai le papier dans l’album.
Je venais de comprendre qu’il n’y avait plus pour moi de bonheur sur la terre !
«Per tutti i santi del Paradiso! È morta o viva?» esclamai con voce tremante, come se la mia vita fosse dipesa dalla sua risposta.
«È morta due anni fa di una congestione polmonare, dopo una festa da ballo».
«Ahimé!», risposi dolorosamente. E trattenendo una lacrima, rimisi il foglio nell'album.
Avevo capito che per me non ci sarebbe più stata felicità sulla terra.





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