Condannato a morte - Condamné à mort!

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XIII
J'ai vu, ces jours passés, une chose hideuse. Il était à peine jour, et la prison était pleine de bruit. On entendait ouvrir et fermer les lourdes portes, grincer les verrous et les cadenas de fer, carillonner les trousseaux de clefs entrechoqués à la ceinture des geôliers, trembler les escaliers du haut en bas sous des pas précipités, et des voix s'appeler et se répondre des deux bouts des longs corridors. Mes voisins de cachot, les forçats en punition, étaient plus gais qu'à l'ordinaire.
XIII
Alcuni giorni fa ho visto una cosa disgustosa. Era appena giorno, e la prigione era piena di rumori. Si sentivano aprire e chiudere le pesanti porte, stridere i chiavistelli e le catene di ferro, tintinnare i mazzi di chiavi appesi alla cintura dei secondini, e tremare le scale dall'alto in basso sotto il peso di passi precipitosi e voci che si chiamavano da un capo all'altro dei lunghi corridoi.I miei vicini di cella, i forzati in segregazione, erano più allegri del solito.

Tout Bicêtre semblait rire, chanter, courir, danser. Moi, seul muet dans ce vacarme, seul immobile dans ce tumulte, étonné et attentif, j'écoutais. Un geôlier passa. Je me hasardai à l'appeler et à lui demander si c'était fête dans la prison. -Fête si l'on veut! me répondit-il. C'est aujourd'hui qu'on ferre les forçats qui doivent partir demain pour Toulon.
Tutta Bicêtre pareva ridere, cantare, correre, danzare.Io, solo muto in tutto quel fracasso, solo immobile in quel tumulto, attento e stupito, ascoltavo.Passò un secondino. Mi azzardai a chiamarlo e a chiedergli se in prigione era festa.- In un certo senso, sì! - mi rispose. - E' oggi, infatti, che si ferrano i forzati che devono partire per Tolone.

Voulez-vous voir, cela vous amusera. C'était en effet, pour un reclus solitaire, une bonne fortune qu'un spectacle, si odieux qu'il fût. J'acceptai l'amusement. Le guichetier prit les précautions d'usage pour s'assurer de moi, puis me conduisit dans une petite cellule vide, et absolument démeublée, qui avait une fenêtre grillée, mais une véritable fenêtre à hauteur d'appui, et à travers laquelle on apercevait réellement le ciel. -
Se volete vedere avrete da divertirvi. Per la verità uno spettacolo, per odioso che fosse, era una vera fortuna per un recluso solitario: e accettai il divertimento.Prese le solite precauzioni per assicurarsi di me, il guardiano mi portò in un'altra piccolissima cella completamente vuota e con una finestra chiusa da sbarre: ma una vera finestra, ad ogni modo, ad altezza d'uomo, e attraverso cui, realmente, si poteva vedere il cielo.

Tenez, me dit-il, d'ici vous verrez et vous entendrez. Vous serez seul dans votre loge, comme le roi. Puis il sortit et referma sur moi serrures, cadenas et verrous. La fenêtre donnait sur une cour carrée assez vaste, et autour de laquelle s'élevait des quatre côtés, comme une muraille, un grand bâtiment de pierre de taille à six étages.
- Ecco - mi disse - da qui vedrete e sentirete e sarete solo nella vostra stanza come il re nel suo palco.Poi uscì e chiuse su di me serrature, catenacci e chiavistelli.La finestra dava su di un ampio cortile ai lati del quale si alzava come una muraglia un grande edificio a sei piani in pietra viva.

Rien de plus dégradé, de plus nu, de plus misérable à l'oeil que cette quadruple façade percée d'une multitude de fenêtres grillées auxquelles se tenaient collés, du bas en haut, une foule de visages maigres et blêmes, pressés les uns audessus des autres, comme les pierres d'un mur, et tous pour ainsi dire encadrés dans les entre-croisements des barreaux de fer.
Niente di più squallido, di più nudo, di più miserabile che la vista di quella quadruplice facciata forata da una moltitudine di inferriate alle quali si tenevano incollati dal basso in alto una folla di visi pallidi e magri, schiacciati gli uni sopra gli altri come le pietre di un muro e tutti incorniciati, per così dire, nei riquadri delle sbarre di ferro.

C'étaient les prisonniers, spectateurs de la cérémonie en attendant leur jour d'être
acteurs. On eût dit des âmes en peine aux soupiraux du purgatoire qui donnent sur l'enfer.
Erano i prigionieri, gli spettatori della cerimonia che aspettavano di diventare attori a loro volta, e sembravano anime in pena agli spiragli del purgatorio che danno sull'inferno.


Tous regardaient en silence la cour vide encore. Ils attendaient. Parmi ces figures éteintes et mornes, çà et là brillaient quelques yeux perçants et vifs comme des points de feu.
Tutti guardavano in silenzio il cortile ancora vuoto e aspettavano; qua e là, tra le figure pallide e dolenti brillavano degli occhi vivi e pungenti, come di fuoco.

Le carré de prisons qui enveloppe la cour ne se referme pas sur luimême. Un des quatre pans de l'édifice (celui qui regarde le levant) est coupé vers son milieu, et ne se rattache au pan voisin que par une grille de fer. Cette grille s'ouvre sur une seconde cour, plus petite que la première, et, comme elle, bloquée de murs et de pignons noirâtres.
Il quadrato delle prigioni che formano il cortile non si chiude su se stesso: uno dei quattro bracci dell'edificio, infatti, è interrotto nel centro e non si riattacca al successivo che tramite un cancello che si apre su di un secondo cortile più piccolo del primo e come quello recintato da muri nerastri.

Tout autour de la cour principale, des bancs de pierre s'adossent à la muraille. Au milieu se dresse une tige de fer courbée, destinée à porter une lanterne.
Tutt'intorno al cortile principale, addossati al muro, corrono dei sedili di pietra e nel mezzo si innalza un palo di ferro ricurvo destinato a sostenere una lanterna.

Midi sonna. Une grande porte cochère, cachée sous un enfoncement, s'ouvrit brusquement. Une charrette, escortée d'espèces de soldats sales et honteux, en uniformes bleus, à épaulettes rouges et à bandoulières jaunes, entra lourdement dans la cour avec un bruit de ferraille. C'était la chiourme et les chaînes.
Suonò mezzogiorno. Un grande portone nascosto da una rientranza si aprì di colpo, e con un sordo rumore di ferraglie entrò pesantemente un carretto scortato da alcuni soldati sporchi ed unti, in divisa blu con spalline rosse e bandoliere gialle: la ciurma e le catene.

Au même instant, comme si ce bruit réveillait tout le bruit de la prison, les spectateurs des fenêtres, jusqu'alors silencieux et immobiles, éclatèrent en cris de joie, en chansons, en menaces, en imprécations mêlées d'éclats de rire poignants à entendre. On eût cru voir des masques de démons. Sur chaque visage parut une grimace, tous les poings sortirent des barreaux, toutes les voix hurlèrent, tous les yeux flamboyèrent, et je fus épouvanté de voir tant d'étincelles reparaître dans cette cendre.
Nello stesso istante come se quel rumore avesse risvegliato tutti i rumori della prigione, gli spettatori delle finestre, fino ad allora silenziosi ed immobili, scoppiarono in grida di gioia, in canzoni e in minacce miste a scrosci di risa strazianti. Su ogni viso c'era una smorfia: i pugni protesi fuori dalle sbarre, tutti urlanti a piena voce, tutti con gli occhi iniettati di sangue. Sembravano demoni.

Cependant les argousins, parmi lesquels on distinguait, à leurs vêtements propres et à leur effroi, quelques curieux venus de Paris, les argousins se mirent tranquillement à leur besogne. L'un d'eux monta sur la charrette, et jeta à ses camarades les chaînes, les colliers de voyage, et les liasses de pantalons de toile.
Gli aguzzini, tra i quali si potevano distinguere, per i vestiti borghesi e la loro paura, alcuni curiosi venuti da Parigi, si misero intanto tranquillamente al loro lavoro: uno di essi salì sul carro e cominciò a lanciare ai compagni le catene, i collari da viaggio e i pacchi di pantaloni di tela.

Alors ils se dépecèrent le travail ; les uns allèrent étendre dans un coin de la cour les longues chaînes qu'ils nommaient dans leur argot les ficelles ; les autres déployèrent sur le pavé les taffetas, les chemises et les pantalons ; tandis que les plus sagaces examinaient un à un, sous l'oeil de leur capitaine, petit vieillard trapu, les carcans de fer, qu'ils éprouvaient ensuite en les faisant étinceler sur le pavé.
Poi si divisero tra loro le varie incombenze; gli uni andarono a stendere in un angolo del cortile le lunghe catene che chiamavano nel loro gergo gli spaghi; gli altri spiegarono sull'acciottolato i taffetas, le camicie e i pantaloni, mentre i più abili andavano esaminando a uno a uno, sotto l'occhio del loro capitano, un vecchio basso e atticciato, i collari di ferro che provavano infine facendoli tintinnare sui sassi.

Le tout aux acclamations railleuses des prisonniers, dont la voix n'était dominée que par les rires bruyants des forçats pour qui cela se préparait, et qu'on voyait relégués aux croisées de la vieille prison qui donne sur la petite cour.
Il tutto tra le acclamazioni ironiche dei prigionieri, la cui voce non era dominata che dalle risate sguaiate dei forzati per i quali si facevano tutti quei preparativi e che si vedevano, in fondo, alle finestre della vecchia prigione che dà sul cortile più piccolo.

Quand ces apprêts furent terminés, un monsieur brodé en argent, qu'on appelait monsieur l'inspecteur, donna un ordre au directeur de la prison ; et un moment après, voilà que deux ou trois portes basses vomirent presque en même temps, et comme par bouffées, dans la cour, des nuées d'hommes hideux, hurlants et déguenillés. C'étaient les forçats.
Quando infine si terminò, un signore tutto ricamato d'argento che chiamavano signor ispettore diede un ordine al direttore della prigione; e un attimo dopo due o tre porte basse vomitarono quasi contemporaneamente, in un turbine impetuoso, un nugolo di uomini laidi, urlanti e cenciosi: i forzati.

À leur entrée, redoublement de joie aux fenêtres. Quelques-uns d'entre eux, les grands noms du bagne, furent salués d'acclamations et d'applaudissements qu'ils recevaient avec une sorte de modestie fière. La plupart avaient des espèces de chapeaux tressés de leurs propres mains avec la paille du cachot, et toujours d'une forme étrange, afin que dans les villes où l'on passerait le chapeau fît remarquer la tête.
A quella vista, raddoppiamento di gioia alle finestre. E alcuni di loro, i grandi nomi del bagno, furono addirittura salutati da acclamazioni e applausi che loro ricevevano con una specie di fiera modestia. La maggior parte dei forzati aveva una specie di cappelli intrecciati dalle loro stesse mani con la paglia della cella, sempre in una forma strana, affinché, nei paesi dove si sarebbe passati, il cappello facesse notare la testa: e quelli erano ancor più applauditi.

Ceux-là étaient plus applaudis encore. Un, surtout, excita des transports d'enthousiasme ; un jeune homme de dix-sept ans, qui avait un visage de jeune fille. Il sortait du cachot, où il était au secret depuis huit jours ; de sa botte de paille il s'était fait un vêtement qui l'enveloppait de la tête aux pieds, et il entra dans la cour en faisant la roue sur lui-même avec l'agilité d'un serpent.
Uno, soprattutto, suscitò particolari manifestazioni di entusiasmo: un giovanotto di diciassette anni con un viso di ragazza che usciva allora dalla cella dove era stato segregato per otto giorni; del suo materasso di paglia si era fatto un vestito che lo copriva dalla testa ai piedi ed entrò nel cortile facendo la ruota su se stesso con l'agilità di un serpente.

C'était un baladin condamné pour vol. Il y eut une rage de battements de mains et de cris de joie. Les galériens y répondaient, et c'était une chose effrayante que cet échange de gaietés entre les forçats en titre et les forçats aspirants.
Era un saltimbanco condannato per furto, e al suo apparire ci fu uno scoppio di applausi e di grida di gioia.

La société avait beau être là, représentée par les geôliers et les curieux épouvantés, le crime la narguait en face, et de ce châtiment horrible faisait une fête de famille.
La società aveva un bell'essere là, rappresentata dalle guardie e dai curiosi spaventati: il delitto le sghignazzava in faccia, e di quell'orribile castigo ne faceva una festa di famiglia.

À mesure qu'ils arrivaient, on les poussait, entre deux haies de gardeschiourme, dans la petite cour grillée, où la visite des médecins les attendait. C'est là que tous tentaient un dernier effort pour éviter le voyage, alléguant quelque excuse de santé, les yeux malades, la jambe boiteuse, la main mutilée. Mais presque toujours on les trouvait bons pour le bagne ; et alors chacun se résignait avec insouciance, oubliant en peu de minutes sa prétendue infirmité de toute la vie.
Intanto, a mano a mano che i forzati arrivavano, venivano spinti, tra due file di guardia-ciurma, nel cortiletto con la cancellata per la visita medica. Era là che tutti quanti facevano un ultimo disperato tentativo per evitare il viaggio allegando qualche misera scusa: gli occhi malati, la gamba sozza, la mano mutilata o che altro so io; quasi sempre, però erano trovati buoni per il bagno ed allora, in pochi momenti, si rassegnavano tranquillamente, dimenticando in un minuto la pretesa infermità di tutta la vita.

La grille de la petite cour se rouvrit. Un gardien fit l'appel par ordre alphabétique ; et alors ils sortirent un à un, et chaque forçat s'alla ranger debout dans un coin de la grande cour, près d'un compagnon donné par le hasard de sa lettre initiale. Ainsi chacun se voit réduit à lui-même ; chacun porte sa chaîne pour soi, côte à côte avec un inconnu ; et si par hasard un forçat a un ami, la chaîne l'en sépare. Dernière des misères!
Dopo un po' il cancello del piccolo cortile si aprì, un guardiano fece l'appello in ordine alfabetico e tutti i forzati ad uno ad uno uscirono e si andarono a mettere in piedi in un angolo del cortile vicino ad un compagno assegnato dal caso della lettera iniziale: così, di colpo, ognuno si vide realmente ridotto da solo con se stesso, ognuno con la propria catena per sé, fianco a fianco con uno sconosciuto; poiché, se per caso qualcuno aveva un amico, la catena lo separava.

Quand il y en eut à peu près une trentaine de sortis, on referma la grille. Un argousin les aligna avec son bâton, jeta devant chacun d'eux une chemise, une veste et un pantalon de grosse toile, puis fit un signe, et tous commencèrent à se déshabiller. Un incident inattendu vint, comme à point nommé, changer cette humiliation en torture.
Quando ne furono usciti una trentina il cancello fu rinchiuso di nuovo; un guardiano li allineò con il suo bastone, gettò d'avanti a ognuno una camicia e dei pantaloni di tela grossolana, fece un segno, e tutti cominciarono a svestirsi. Proprio in quel momento un nuovo accidente inatteso venne a mutare l'umiliazione in tortura.

Jusqu'alors le temps avait été assez beau, et, si la bise d'octobre refroidissait l'air, de temps en temps aussi elle ouvrait çà et là dans les brumes grises du ciel une crevasse par où tombait un rayon de soleil. Mais à peine les forçats se furent-ils dépouillés de leurs haillons de prison, au moment où ils s'offraient nus et debout à la visite soupçonneuse des gardiens, et aux regards curieux des étrangers qui tournaient autour d'eux pour examiner leurs épaules, le ciel devint noir, une froide averse d'automne éclata brusquement, et se déchargea à torrents dans la cour carrée, sur les têtes découvertes, sur les membres nus des galériens, sur leurs misérables sayons étalés sur le pavé.
Fino ad allora, infatti, il tempo era stato abbastanza buono, e il vento d'ottobre benché raffreddasse l'aria, di tanto in tanto apriva qua e là nelle brume grigiastre del cielo qualche spiraglio, da cui cadeva un raggio di sole. Ma non appena i forzati si furono spogliati dei loro cenci, nel momento in cui si offrivano nudi e in piedi alla vista sospettosa dei secondini e agli sguardi dei curiosi che giravano loro intorno per esaminare le spalle, il cielo si oscurò, e sulle loro teste scoperte, sulle povere membra nude, sui loro miseri stracci sparsi sull'acciottolato, improvviso, a torrenti, scrosciò un freddo acquazzone autunnale.

En un clin d'oeil le préau se vida de tout ce qui n'était pas argousin ou galérien. Les curieux de Paris allèrent s'abriter sous les auvents des portes. Cependant la pluie tombait à flots. On ne voyait plus dans la cour que les forçats nus et ruisselants sur le pavé noyé.
In un batter d'occhio, mentre i curiosi di Parigi correvano a ripararsi sotto le tettoie delle porte, lo spiazzo fu vuoto di tutti coloro che non erano guardiani e galeotti. Intanto la pioggia cadeva a fiotti e non si vedevano più, nel cortile, che i forzati nudi e grondanti sul selciato sommerso.

Un silence morne avait succédé à leurs bruyantes bravades. Ils grelottaient, leurs dents claquaient ; leurs jambes maigries, leurs genoux noueux s'entrechoquaient ; et c'était pitié de les voir appliquer sur leurs membres bleus ces chemises trempées, ces vestes, ces pantalons dégouttant de pluie. La nudité eût été meilleure.
Un cupo silenzio era seguito alle loro rumorose bravate: tremavano e battevano i denti, le loro gambe magre e i ginocchi si urtavano insieme; e faceva una tale pena veder mettere sulle loro membra illividite quelle camicie inzuppate, quelle vesti, quei pantaloni gocciolanti di pioggia ché la nudità sarebbe sembrata addirittura migliore.

Un seul, un vieux, avait conservé quelque gaieté. Il s'écria, en s'essuyant avec sa chemise mouillée, que cela n'était pas dans le programme ; puis se prit à rire en montrant le poing au ciel.
Uno solo, un vecchio, aveva conservata qualche allegria e andava gridando, mentre si asciugava con la camicia bagnata, che quello non era nel programma. Poi cominciò a ridere mostrando i pugni.

Quand ils eurent revêtu les habits de route, on les mena par bandes de vingt ou trente à l'autre coin du préau, où les cordons allongés à terre les attendaient. Ces cordons sont de longues et fortes chaînes coupées transversalement de deux en deux pieds par d'autres chaînes plus courtes, à l'extrémité desquelles se rattache un carcan carré, qui s'ouvre au moyen d'une charnière pratiquée à l'un des angles et se ferme à l'angle opposé par un boulon de fer, rivé pour tout le voyage sur le cou du galérien. Quand ces cordons sont développés à terre, ils figurent assez bien la grande arête d'un poisson.
Quand'ebbero indossati gli abiti da viaggio, li portarono in squadre di venti o trenta nell'altro angolo dello spiazzo dove c'erano i cordoni allungati per terra. Sono, questi cordoni, delle lunghe e robuste catene interrotte trasversalmente ogni due piedi da un'altra catena più corta alle cui estremità è attaccato un collare quadrato che si apre per mezzo di una cerniera applicata ad uno degli angoli e che, per tutto il viaggio, si chiude nell'angolo opposto con un bullone di ferro ribadito sul collo del galeotto. Quando sono stesi sembrano delle grandi lische di pesce.

On fit asseoir les galériens dans la boue, sur les pavés inondés ; on leur essaya les colliers ; puis deux forgerons de la chiourme, armés d'enclumes portatives, les leur rivèrent à froid à grands coups de masses de fer. C'est un moment affreux, où les plus hardis pâlissent. Chaque coup de marteau, assené sur l'enclume appuyée à leur dos, fait rebondir le menton du patient ; le moindre mouvement d'avant en arrière lui ferait sauter le crâne comme une coquille de noix.
I secondini fecero dunque sedere i forzati nel fango, sull'acciottolato bagnato, e si misero a provare loro i collari; poi due fabbri della ciurma, armati di piccoli incudini, con grandi colpi di mazza glieli ribatterono a freddo. E' un momento terribile, in cui anche i più arditi impallidiscono: ogni colpo di martello, infatti, vibrato sull'incudine appoggiata alle loro schiene fa rimbalzare il mento e un minimo movimento all'indietro farebbe loro saltare il cranio come un guscio di noce.

Après cette opération, ils devinrent sombres. On n'entendait plus que le grelottement des chaînes, et par intervalles un cri et le bruit sourd du bâton des gardes-chiourme sur les membres des récalcitrants. Il y en eut qui pleurèrent ; les vieux frissonnaient et se mordaient les lèvres. Je regardai avec terreur tous ces profils sinistres dans leurs cadres de fer.
Ainsi, après la visite des médecins, la visite des geôliers ; après la visite des geôliers, le ferrage.
Trois actes à ce spectacle.
Dopo quest'operazione diventarono taciturni; non si sentiva più che il tintinnare delle catene e, ogni tanto, un grido e il colpo sordo del bastone del guardia-ciurma sulle membra dei recalcitranti; qualcuno, allora, piangeva, ma i vecchi tremavano e si mordevano le labbra. Io li guardavo e avevo terrore di tutti quei profili sinistri nelle loro cornici di ferro.

E così, pensavo, dopo la visita del medico la visita dei secondini; dopo la visita dei secondini, la ferratura. Tre atti per questo spettacolo orribile...


Un rayon de soleil reparut. On eût dit qu'il mettait le feu à tous ces cerveaux. Les forçats se levèrent à la fois, comme par un mouvement convulsif. Les cinq cordons se rattachèrent par les mains, et tout à coup se formèrent en ronde immense autour de la branche de la lanterne.
A un tratto riapparve un raggio di sole: e sembrò che il fuoco entrasse in tutti quei cervelli. I forzati si rialzarono immediatamente come in un moto convulso; i cinque cordoni si presero per mano e in un momento formarono un gran cerchio intorno al palo della lanterna.

Ils tournaient à fatiguer les yeux. Ils chantaient une chanson du bagne, une romance d'argot, sur un air tantôt plaintif, tantôt furieux et gai ; on entendait par intervalles des cris grêles, des éclats de rire déchirés et haletants se mêler aux mystérieuses paroles ; puis des acclamations furibondes ; et les chaînes qui s'entre-choquaient en cadence servaient d'orchestre à ce chant plus rauque que leur bruit. Si je cherchais une image du sabbat, je ne la voudrais ni meilleure ni pire.
Cantavano una canzone del bagno, una romanza in gergo, su di un'aria ora triste e ora allegra e furiosa; ogni tanto si sentivano delle grida acute e degli scoppi di risa stridule e ansanti mischiarsi a misteriose parole; poi delle acclamazioni furibonde; e le catene che si urtavano fra loro in cadenza facevano da orchestra a quel canto più rauco del loro rumore.

On apporta dans le préau un large baquet. Les gardes-chiourme rompirent la danse des forçats à coups de bâton, et les conduisirent à ce baquet dans lequel on voyait nager je ne sais quelles herbes dans je ne sais quel liquide fumant et sale. Ils mangèrent.
A un certo punto portarono in mezzo allo spiazzo una grande tinozza dove galleggiavano non so che erbe in una specie di liquido sudicio e fumante e i guardia-ciurma, rotta la danza dei forzati a colpi di bastone, ve li portarono e li fecero mangiare.


Puis, ayant mangé, ils jetèrent sur le pavé ce qui restait de leur soupe et de leur pain bis, et se remirent à danser et à chanter. Il paraît qu'on leur laisse cette liberté le jour du ferrage et la nuit qui le suit.
Terminato, e gettato per terra i resti della broda e del pane nero, ricominciarono a ballare e cantare: il giorno della ferratura e la notte seguente, infatti, è loro concessa questa libertà.

J'observais ce spectacle étrange avec une curiosité si avide, si palpitante, si attentive, que je m'étais oublié moi-même. Un profond sentiment de pitié me remuait jusqu'aux entrailles, et leurs rires me faisaient pleurer.
Io, intanto, me ne stavo a guardare questo strano spettacolo con una curiosità così avida, così ansiosa ed attenta, che mi ero completamente dimenticato di me stesso, e una profonda pietà mi commoveva fin nelle più intime fibre e piangevo quando li sentivo ridere in quella maniera.

Tout à coup, à travers la rêverie profonde où j'étais tombé, je vis la ronde hurlante s'arrêter et se taire. Puis tous les yeux se tournèrent vers la fenêtre que j'occupais. -Le condamné! le condamné! crièrentils tous en me montrant du doigt ; et les explosions de joie redoublèrent.
All'improvviso, attraverso la fantasticheria in cui ero caduto, vidi il girotondo urlante fermarsi di colpo e ammutolire; poi tutti gli occhi si girarono verso la finestra dov'ero io. - Il condannato! il condannato! - gridarono tutti mostrandomi a dito; e le esplosioni di gioia raddoppiarono ancora.


Je restai pétrifié. J'ignore d'où ils me connaissaient et comment ils m'avaient reconnu. -Bonjour! bonsoir! me crièrent-ils avec leur ricanement atroce. Un des plus jeunes, condamné aux galères perpétuelles, face luisante et plombée, me regarda d'un air d'envie en disant : -Il est heureux! il sera rogné! Adieu, camarade!
Restai agghiacciato. Io non so in che modo mi avessero mai conosciuto.- Buongiorno! Buona sera! mi gridavano sghignazzando atrocemente, e uno dei più giovani, faccia livida e tirata, condannato a vita ai lavori forzati mi guardò con aria d'invidia dicendo: - Fortunato!Sarà "tosato"! Addio camerata!

Je ne puis dire ce qui se passait en moi. J'étais leur camarade en effet. La Grève est soeur de Toulon. J'étais même placé plus bas qu'eux ; ils me faisaient honneur. Je frissonnai. Oui, leur camarade! Et quelques jours plus tard, j'aurais pu aussi, moi, être un spectacle pour eux.
Io non so dire quello che provai! Effettivamente ero loro camerata, la Grève è sorella di Tolone; anzi, ero addirittura più in basso di loro, ed erano essi che mi facevano onore. Fremevo. Ma già, loro camerata! E di lì a qualche giorno avrei anche potuto essere, io, uno spettacolo per loro.

J'étais demeuré à la fenêtre, immobile, perclus, paralysé. Mais quand je vis les cinq cordons s'avancer, se ruer vers moi avec des paroles d'une infernale cordialité ; quand j'entendis le tumultueux fracas de leurs chaînes, de leurs clameurs, de leurs pas, au pied du mur, il me sembla que cette nuée de démons escaladait ma misérable cellule ; je poussai un cri, je me jetai sur la porte d'une violence à la briser ; mais pas moyen de fuir.
Ero rimasto alla finestra immobile, rattrappito, paralizzato; ma quando vidi quei cinque cordoni avanzare e rotolare verso di me con delle parole di un'infernale cordialità; quando, sentii il tumultuoso fracasso delle loro catene, dei loro clamori, dei loro passi ai piedi del muro, mi sembrò che quel nugolo di demoni stesse per scalare la mia miserabile cella e, tirato fuori un gran grido, mi lanciai sulla porta con tutta la violenza di cui ero capace. Ma non c'era modo di fuggire

Les verrous étaient tirés en dehors. Je heurtai, j'appelai avec rage. Puis il me sembla entendre de plus près encore les effrayantes voix des forçats. Je crus voir leurs têtes hideuses paraître déjà au bord de ma fenêtre, je poussai un second cri d'angoisse, et je tombai évanoui.
I catenacci erano tirati dal di fuori. Picchiai e gridai con rabbia. Poi mi sembrò di sentire ancora più da vicino le spaventose voci dei forzati. Credetti di vedere già le loro teste odiose apparire ai bordi della finestra, gettai un altro grido d'angoscia e caddi svenut




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